Tout le monde se souvient de la saison historique pour Philadelphie des Sixers version 2001. Et pour cause, l’épopée fantastique de ce groupe les avait conduits en finale face au duo Shaq-Kobe, mais sans avoir oublié au préalable de rafler la majorité des trophées individuels de fin de saison (4) ! Le MVP pour Allen Iverson, le DPOY pour Dikembe Mutombo, le titre de Meilleur sixième homme pour Aaron Mckie, et celui de Meilleur coach pour Larry Brown. Cette année, les Rockets pourraient bien rééditer l’exploit des Sixers 16 ans plus tard.

Sans nécessairement faire des Rockets un prétendant pour le titre, il est intéressant de constater les progrès faits par ce groupe. Leur très grande forme du moment nous laisse à penser que leur bilan à l’issue de la saison régulière sera l’un des tous meilleurs de la conférence Ouest, et il n’est pas fou de les imaginer dans le dernier carré, aux portes de la finale. Certes, leur défense est moyenne, parce que trop erratique, et elle fonctionne sur courant alternatif. Mais surtout les Rockets sont capables de faire tomber la pluie. Une pluie diluvienne de shoots à 3 points qui provoque bien souvent la saturation des efforts défensifs adverses et entraîne des débordements en périphérie.

Car si aujourd’hui la foisonnante attaque de Houston rappelle plus les Suns de Steve Nash made in D’Antoni (on ne se refait pas), l’homogénéité, la richesse et l’intelligence de son effectif pourraient bien en mais prochain remporter la mise à plus d’un titre. En effet, James Harden, Patrick Beverley, Eric Gordon et Mike D’Antoni font tous partie des favoris pour décrocher le trophée ultime dans leurs catégories respectives ! On pourrait même aller jusqu’à ajouter un cinquième larron en la personne de Clint Capela qui aurait toutes ses chances pour le Most Improved Player (MIP pour les intimes) si sa blessure n’avait pas été si handicapante et si Giannis Antetokounmpo ne réalisait pas une saison aussi incroyable.

James Harden tout d’abord. Déjà dauphin de Stephen Curry en 2015, le barbu convertit à la mène évolue cette saison dans des standards hallucinants pour le basket moderne. Actuellement à 28 pts 8 reb 12 ass, à l’instar de Westbrook  à OKC, il est le véritable (et unique) dépositaire du jeu des Rockets. Maître à jouer incontestable de son équipe, Harden joue tous les ballons et se rend ainsi responsable du meilleur comme du pire. Et du déchet il y en a ! Ses passes sautées dans les gradins sont légion, il multiplie parfois jusqu’à la nausée les dribbles hasardeux, force des shoots lointains en situation de un contre un… D’ailleurs, son adresse médiocre et son nombre record de ballons perdus témoigne d’un grave manque de lucidité, et pas seulement dans le money time. Toutefois, force est de reconnaître qu’il jouit d’un sens du jeu rare en NBA. Son step-back est létal, ses pick’n’rolls sont assassins, il manie le euro-step comme personne et il attire les défenses comme un aimant. Le fait est que James Harden livrera un duel à distance acharné avec son ancien coéquipier d’OKC. Mais s’il consentait à faire les efforts nécessaires pour partager un peu plus les responsabilités, son efficacité en serait alors accrue et Houston gagnerait encore plus de matches. Et le trophée de MVP serait sien, c’est indéniable.

Eric Gordon. L’ancien artilleur maudit des Pelicans se refait actuellement une santé dans le Texas. Avec ses 18 points de moyenne, il pallie (magnifiquement parfois) l’absence de James Harden sur le banc. Attaquant racé, ses drives sont dynamiques et son shoot à 3 points est une merveille de régularité. Il apporte les points et le mouvement dont Houston a besoin dans ces moments-là, mais leur association fait aussi très mal. Il est probablement le meilleur remplaçants parmi les équipes d’élite, attendu que son apport décisif en sortie de banc permet de faire tourner l’arrosage en mode automatique. Je parie sans hésitation sur Gordon pour le Sixth man award, pourvu que ses genoux le laissent tranquille.

Vient ensuite Patrick Beverley. Déjà présent dans la All-Defensive second team en 2014, sa hargne et son sens du dévouement sont désormais réputés dans la ligue. Véritable chien enragé par moments, il est le visage de la défense des Rockets, soutenu dans sa tâche par les Trevor Ariza, Clint Capela et autre Corey Brewer. C’est une sangsue qui colle sans arrêt aux basques du meneur adverses, sachant se défaire parfaitement des écrans douteux et excellent intercepteur de ballons dans les mains. À sa défense classique mais rigoureuse « à l’ancienne » on peut ajouter son dévouement au rebond, notamment défensif. Car un rebond défensif c’est priver l’adversaire d’une seconde chance, ça participe d’une bonne défense. Et de ce point-de-vue, Beverley est sans aucun doute le Rocket qui fait montre de la plus grande débauche d’énergie dans ce secteur, malgré sa petite taille et son placement par nature loin du cercle. Étant donné l’évolution du jeu et l’attachement à la polyvalence défensive demander aux lauréats, et que Beverley semble avoir pris une autre dimension cette saison, une place sur le podium du DPOY ne serait pas usurpée, et pourquoi pas le trophée lui-même.

Enfin, the last but not the least, comme ils disent là-bas, le penseur du système, Mike D’Antoni. Et après tout, si Houston a connue une telle révolution par rapport à la désillusion de l’épisode « Dwight Howard » c’est bien grâce au talent du penseur du run’n’gun. Rappelons qu’une bonne part du crédit accordé à Mike D’Antoni revient par extension à Daryl Morey qui, contre toute attente et alors que le monde du basket prophétisait la venue d’un coach à vocation défensive pour combler les errements du groupe en la matière, a fait le pari un peu fou de donner les rênes au plus offensif d’entre-eux !

Désormais capitaine du vaisseau avec la totale confiance de son GM, D’Antoni a eu carte blanche et s’est confectionné un effectif taillé sur mesure pour son système auquel tous les joueurs adhèrent religieusement. S’il mérite selon moi d’être nommé coach de l’année, c’est parce que son plan de jeu colle parfaitement à la philosophie du moment, et ça paye. Comme il possède l’un des joueurs de backcourt les plus cotés du monde et parmi les plus complets, il a su l’entourer d’une armada de shooteurs spécialistes du tir longue distance. Il a fait de James Harden son principal créateur. Promu Ryan Anderson titulaire, et échangé son rôle avec Eric Gordon, désormais catalyseur de la second unit. Récompensé Clint Capela pour ses bonnes performances de la saison passé, aujourd’hui titulaire et ordonné munition de choix sur pick’n’roll. Déjà adepte du jeu ultra rapide et du shoot en première intention, D’Antoni a donné comme consigne de base qu’on ne refuse pas un shoot ouvert, même en tout début de possession. Puis partant du principe rationnel qu’un shoot à 3 points vaut 150% d’un shoot à 2 points, ce qui signifie que shooter à 40% derrière la ligne équivaut à shooter à 60% dans la zone, la seconde consigne est d’artiller le plus possible en périphérie. Une fois les 2 premiers commandements assimilés, il suffit de mettre en place quelques écrans bien sentis sur porteur et à l’opposé du ballon pour libérer des shooteurs qui peuvent alors s’en donner à coeur joie ! Une décennie après l’avènement du run’n’gun à la sauce Phoenix, Mike D’Antoni nous démontre encore que son système est hyper efficace… avec l’effectif adéquat.

Harden – MVP : 50% de chances

Gordon – Sixth man of the year : 80%

Beverley – Defensive player of the year : 30%

D’Antoni – Coach of the year : 40%

Et vous, quelles chances leur donneriez-vous ?