Bien sûr, quelques heures seulement avant d’écrire ces lignes, il nous a (encore) gratifié d’une énième performance stratosphérique (26 pts-11 reb-22 ass) ! Bien sûr, OKC a encore gagné face à une (trop) modeste équipe des Suns et conforte ainsi sa place parmi le gratin de la conférence Ouest. « Il » c’est Russ, Russell Westbrook, la machine à enflammer la NBA cette année en enquillant les triple-doubles comme d’autres enfilent des perles…

Et alors qu’il est l’autre grand favori (avec Harden) pour l’obtention du Graal des récompenses individuelles de fin de saison, grâce à des moyennes proprement hallucinantes dans les 3 catégories majeures de 30-10-11, je me permets une objection Votre Honneur !

Certes, réaliser de telles performances en 35 minutes de jeu là où d’autres faisaient moins en près (ou plus) de 40 il y a quelques années, tels Kobe ou AI, est déjà un véritable exploit en soi. Mais cette orgie historique de chiffres doit être mise en perspective à l’aune de 2 grosses lacunes : l’adresse et les ballons perdus. Ensuite, elle doit être confrontée au nombre de ballons joués par match, et enfin à l’immense difficulté de se qualifier pour le 2d tour des playoffs ! Mais procédons par étape.

Scorer 30 pts à 42%, dont moins de 33% à 3 pts, ça veut dire vendanger ! et pas qu’un peu… Dans les faits, c’est prendre 24 tirs par match, soit plus qu’Oladipo et Kanter réunis (respectivement les 2è et 3è option offensives du Thunder), pour n’en scorer que 10. Entre les mauvais choix, les tirs forcés ou gaspillés en première intention, et les 3 pts qui sont loin d’être sa spécialité, Westbrook arrose littéralement. Et c’est bien dommage car il y perd beaucoup en efficacité ! D’ailleurs son ratio +/- a perdu 3 point par rapport à la saison passée. Quand il apportait +8 à son équipe l’année dernière, il n’apporte désormais plus « que » +5. Pour l’anecdote, un seul MVP a été élu avec un +/- inférieur à 6 depuis 20 ans, c’était Iverson avec 5.2 en 2001.

Ensuite, il y a les ballons perdus… parce que distiller 11 passes décisives par match c’est énorme, mais quand on est dépositaire du jeu de son équipe à hauteur de près de 100 ballons touchés en moyenne (!) c’est tout de suite moins flamboyant. Quand il n’est pas sur le banc, Westbrook joue TOUS les ballons. En dehors du fait que ses coéquipiers se sont transformés en simples finisseurs, il ne les implique que quand il ne peut pas finir lui-même. Bien-sûr c’est préjudiciable à long terme pour la cohérence offensive du groupe, mais surtout ça offre pas loin de 6 munitions supplémentaires aux adversaires du Thunder ! Là où par exemple un Chris Paul est irréprochable avec un rapport de 9.4 ass pour seulement 2.3 to, Westbrook perd trop souvent le contrôle du ballon et pénalise son équipe plus que de raison. Au lendemain du basket total prôné par les Spurs puis les Warriors, dans lequel le ballon semble prendre vie en passant de main en main afin de trouver le joueur le mieux démarqué, Westbrook le monopolise et ça… c’est pas très valuable.

Russell Westbrook score beaucoup mais shoote énormément et abuse des mauvais choix; passe beaucoup mais perd énormément de ballons et se fait sanctionner pour son égoïsme; mais surtout OKC gagne… mais pas suffisamment ! Je m’explique.

En effet, le plus problématique est encore à chercher dans le bilan collectif plus que dans les statistiques individuelles. Car comme chacun sait, le MVP, qui désigne pour faire court le meilleur joueur de la saison régulière, n’est jamais élu à l’issue de cette même saison mais à la fin du premier tour des playoffs ! Et c’est bien là où le bât blesse. Un MVP doit faire si bonne figure en playoffs qu’il passe immanquablement le premier tour. Dans le basket moderne, c’est une condition sine qua non. Hors, si le Thunder semble se diriger tout droit vers la post-season, il risque fort de se heurter à un mur infranchissable au premier tour qui pourrait se nommer Golden State, San Antonio, Los Angeles, Houston ou même Utah ! Sans l’avantage du terrain c’est une entreprise extrêmement délicate, d’autant plus quand on sait la « Westbrook-dépendance » d’Oklahoma…

En somme, si OKC ne figure pas parmi les 4 meilleurs bilans de la conférence Ouest en mai prochain, le titre de MVP risque fort de lui échapper mécaniquement.